La Communauté juive

Vers 1652, s’est installée une colonie juive à Bidache, et sur quelques villages alentour, venant de Bayonne et comptant de 120 à 190 personnes, et qui y est restée jusqu’à la fin du XVIII° siècle. Ce sont avant tout des marchands en constante collaboration avec les juifs de Saint-Esprit de Bayonne et ceux d’Amsterdam. À Bidache, ils s’occupent, entre autres, de commerce de détail, mercerie, maïs, tabac, etc..Ils n’ont pas introduit le chocolat en France. Mais ils ont utilisé les fèves arrivant d’Amérique du Sud dans le port de Bayonne, pour améliorer la recette du chocolat par l’ajout d’édulcorants (sucres, etc) et en organiser la commercialisation. Le cimetière juif, présentant aujourd’hui 94 pierres exposées, est un témoignage toujours actuel de leur présence en Pays de Bidache.

Après leur expulsion d’Espagne par les Rois Catholiques, puis du Portugal par Manuel I, c’est sous le nom fictif de « marchands portugais » que l’installation des exilés juifs est acceptée par le roi de France Henri II en 1550.

Photos tombes cimetière juif

Depuis 1486, Roger de Gramont est devenu maire héréditaire de Bayonne. Dans leur administration, ses héritiers doivent gérer la concurrence que les commerçants juifs génèrent à Bayonne. En 1602, Diane d’Andouin, mère d’Antoine II, obtient d’Henri IV un arrêt qui autorise les juifs à s’installer dans les terres, et demande au sieur de Gramont, Gouverneur de Bayonne, de les « soutenir en leur faisant toute faveur et assistance ». Dés lors, la famille de Gramont s’instaure protectrice des juifs, et Antoine II leur ouvre les portes de Bidache à partir de 1627.

Mais l’opposition des populations du bord de l’Adour va freiner cet accueil qui va s’engager au compte-gouttes. Mais en 1672, Henri de Froidour, envoyé par Louis XIV, qui a besoin de bateaux à voiles pour mener ses conquêtes maritimes, parcourt le Royaume de France pour établir l’inventaire des forêts susceptibles de fournir des troncs d’arbres capables de porter ces voilures. Cet agent territorial décrit ses visites, et le 14 octobre, il indique, dans son rapport, qu’il passe à Bidache, souveraineté du maréchal de Gramont (Antoine III), « fort peuplée de juifs qui, depuis dix-huit ou vingt ans y trouvent retraite ». Depuis 1652/54, les juifs sont désormais installés en nombre à Bidache.

Mais si on les accepte pour y vivre, il faut aussi prévoir qu’ils peuvent y mourir. Le duc leur donne donc un terrain, mais diamétralement opposé au cimetière traditionnel du village. Protégés par les Gramont, les juifs vont rester à Bidache pendant un siècle et demi.

Après la Révolution, les Gramont ont perdu leurs privilèges et n’ont plus les moyens de protéger la communauté israélite, et les juifs quittent Bidache pour se regrouper à Bayonne.

Suite à leur départ, l’entretien du cimetière va faire l’objet d ‘une série d’accords entre des habitants de Bidache et le Consistoire de Bayonne, accords peu surveillés, et surtout peu respectés. Cela génère une série de plaintes et de procès qui s’étalent tout au long des 19ème et 20ème siècles.

En 1985, des travaux entrepris par la Mairie de Bidache, permettent de nettoyer le terrain, puis de présenter, sur 300 m2, les pierres tombales les plus expressives, telles qu’on peut aujourd’hui les visiter.

Le cimetière est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, pour le sol, le sous-sol, la porte d’entrée et le mur de clôture, depuis le 26 septembre 1995.

J.P. Brisset

Cet article est un résumé du livre publié en février 2008 à compte d’auteur.

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